
On nous apprend beaucoup à avancer.
À décider plus vite.
À mieux performer.
À nous adapter.
À optimiser.
À passer à l’étape suivante.
Mais beaucoup moins à nous demander :
D’où suis-je en train d’agir ?
Il existe en amazigh une expression, amz akal. Akal désigne la terre, le sol. L’expression renvoie littéralement à cette idée simple de prendre le sol.
C’est de là qu’est né le nom AMZAKAL.
Pas comme une méthode compliquée.
Plutôt comme un rappel.
Parce qu’avant de savoir où aller, il faut parfois retrouver l’endroit depuis lequel on part.
Nous confondons facilement mouvement et direction
Une journée peut être pleine sans avoir réellement avancé.
Répondre.
Corriger.
Réagir.
Courir d’une réunion à l’autre.
Résoudre ce qui vient d’apparaître.
Et recommencer le lendemain.
Le mouvement donne alors l’impression du progrès.
Mais être occupé n’est pas forcément être orienté.
Parfois, la première décision utile n’est pas : « Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? »
C’est : « Qu’est-ce qui se passe réellement ici ? »
Nous savons parfois avant de savoir expliquer
Il y a aussi quelque chose que nos environnements professionnels valorisent peu : le discernement qui précède parfois le raisonnement complet.
Cette impression qu’une situation « ne tient pas ». Qu’une décision arrive trop tôt. Qu’une équipe dit oui mais que quelque chose s’est déjà retiré. Qu’un projet avance très bien sur le papier et beaucoup moins bien dans la réalité.
On pourrait appeler cela intuition.
L’intuition n’est pas nécessairement une impulsion mystérieuse qu’il faudrait suivre aveuglément.
Elle peut aussi être l’expérience, l’attention et une multitude d’informations minuscules que notre esprit a déjà reliées avant que nous ayons trouvé les mots pour les expliquer.
La question n’est donc peut-être pas de choisir entre raison et intuition. Mais de créer suffisamment d’espace pour entendre les deux.
Et si le problème n’était pas toujours le manque de réponse ?
Nous cherchons énormément de réponses : des méthodes, des experts, des frameworks, des formations, des outils.
Tout cela peut être précieux. Mais il existe des moments où ajouter une nouvelle réponse ne fait qu’ajouter du bruit.
Parce que la vraie difficulté n’est pas toujours : « Je ne sais pas quoi faire. »
Elle peut être : « Je n’arrive plus à entendre clairement ce que je sais déjà. »
C’est là que revenir au sol prend un autre sens.
Pas fuir la situation. Pas attendre indéfiniment. Pas méditer sur le problème jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Simplement sortir quelques instants de la réaction automatique. Regarder. Nommer. Retrouver suffisamment de stabilité pour distinguer l’urgent de l’important, la peur de l’information, l’habitude du choix. Puis repartir.
Peut-être qu’il faut parfois “amzakal”
C’est ici que nous avons envie de faire vivre AMZAKAL comme autre chose qu’un nom. Presque comme un verbe.
Amzakal.
Revenir au réel avant de repartir. Retrouver le sol lorsque tout pousse à accélérer. Se demander ce qui est réellement là avant de décider ce qui devrait être là. Et seulement ensuite avancer.
Cela vaut pour une personne. Mais aussi pour une équipe qui ne sait plus pourquoi elle travaille ainsi, pour un gestionnaire pris entre vingt urgences, pour une organisation qui ajoute des processus pour résoudre les problèmes créés par ses processus précédents, pour un projet qui continue peut-être simplement parce que personne n’a pris le temps de demander s’il va encore dans la bonne direction.
S’ancrer. S’aligner. Agir.
S’ancrer, pour voir le réel tel qu’il est.
S’aligner, pour retrouver ce qui compte et ce qui mérite notre énergie.
Agir, parce que la clarté qui ne rencontre jamais le réel reste seulement une belle idée.
Mais peut-être existe-t-il encore quelque chose juste avant ces trois mouvements. Un instant plus discret. Celui où l’on arrête de chercher immédiatement la prochaine réponse. Celui où l’on revient au sol. Celui où l’on fait aussi un peu confiance à notre capacité de discernement.
Parce que nous avons parfois plus de sagesse que nous ne nous en accordons.
On amzakal. Puis on voit ce qui mérite vraiment le prochain pas.