
La gratitude est devenue une pratique.
Trois choses positives avant de dormir. Un carnet. Une liste. Quelques lignes chaque soir.
Et parfois, cela aide vraiment.
Mais il y a quelque chose qui me dérange un peu dans cette manière de l’aborder.
À force de vouloir pratiquer la gratitude, on peut finir par en faire une tâche de plus. Une case à cocher. Encore quelque chose qu’il faudrait réussir.
Alors qu’au fond, la gratitude est peut-être moins une activité qu’une manière de regarder.
Peut-on être reconnaissant sans faire une liste ?
Évidemment.
Il suffit parfois d’un moment très simple. Un repas. Une conversation. Le calme après une journée trop pleine. Une main posée sur une épaule. La lumière qui entre dans une pièce.
Quelque chose qui, pendant quelques secondes, n’a rien besoin d’être amélioré.
Et là, sans exercice particulier, quelque chose en nous reconnaît : c’est là.
Pas spectaculaire. Pas exceptionnel. Mais là.
Peut-être que la gratitude commence exactement ici.
Le problème n’est peut-être pas que nous manquons de choses
Peut-être que nous manquons surtout de disponibilité pour les remarquer.
Nous vivons souvent dans ce qui vient après : le prochain rendez-vous, le prochain objectif, la prochaine amélioration, la prochaine inquiétude.
Même lorsqu’un moment est bon, une partie de nous est déjà partie chercher ce qui manque encore.
La gratitude ne change pas nécessairement ce que nous avons. Elle change peut-être d’abord ce que nous sommes capables de voir.
Reconnaître n’est pas nier
La gratitude ne devrait jamais devenir une manière polie de nous demander d’ignorer ce qui fait mal.
On peut être reconnaissant et fatigué. Reconnaissant et triste. Reconnaissant et inquiet. Reconnaissant pour certaines choses et profondément insatisfait d’autres.
La gratitude n’exige pas de transformer toute difficulté en leçon positive.
Elle peut simplement dire : ce qui est difficile existe, mais ce n’est pas tout ce qui existe.
Peut-être que la gratitude est une forme d’attention
Le psychologue Robert Emmons, qui a beaucoup étudié la gratitude, l’a notamment décrite comme une manière de reconnaître ce que nous recevons plutôt que de considérer automatiquement que tout nous est dû.
Ce qui m’intéresse surtout dans cette idée, c’est le mot reconnaître.
Parce que reconnaître suppose d’abord de remarquer. Avant de remercier, il faut voir.
Sommes-nous suffisamment présents pour remarquer ce qui nous soutient ? Ou ne voyons-nous les choses qu’au moment où elles disparaissent ?
Alors, faut-il arrêter les listes de gratitude ?
Pas nécessairement. Si elles vous aident à voir, gardez-les.
Mais peut-être qu’elles ne devraient être qu’un moyen. Pas le but.
Le but n’est pas de produire trois réponses tous les soirs. Le but est peut-être de devenir progressivement quelqu’un qui remarque davantage.
Essayez quelque chose de plus petit
Pas ce soir. Maintenant.
Regardez autour de vous. Pas pour chercher quelque chose d’extraordinaire. Juste quelque chose qui vous soutient déjà.
Ne cherchez même pas à vous sentir reconnaissant. Remarquez simplement.
Parce qu’il existe une différence entre se dire « Je devrais être reconnaissant pour cela » et sentir, même brièvement : « Je n’avais pas vraiment vu que c’était là. »
On amzakal…
On ne cherche rien de plus. On regarde un peu mieux ce qui est déjà là.
Et peut-être qu’à cet instant, on est déjà dans la gratitude.