
Il y a des moments où nous cherchons très loin une réponse qui se trouve peut-être juste sous notre nez.
Ou, plus exactement, juste sous notre poitrine.
Une réunion difficile se termine. Un courriel arrive et nous agace. Une décision doit être prise rapidement. Quelqu’un nous dit quelque chose qui nous touche plus que nous ne voudrions l’admettre.
Et presque immédiatement, nous faisons ce que nous avons appris à faire : répondre.
Expliquer. Défendre. Décider. Corriger. Réagir.
Mais rarement : respirer.
Cela paraît presque trop simple pour être sérieux. Et c’est peut-être justement pour cela que nous l’oublions.
On respire déjà. Alors pourquoi y penser ?
Parce que respirer et prendre conscience de sa respiration ne sont pas exactement la même chose.
Notre respiration accompagne ce qui se passe en nous. Quand nous sommes pressés, elle peut devenir plus courte. Quand nous nous sentons menacés, elle change. Quand quelque chose se relâche, elle change encore.
Elle est à la fois tellement ordinaire que nous ne la remarquons plus, et suffisamment proche de notre état intérieur pour devenir un point de retour.
Le maître zen Thich Nhat Hanh a beaucoup insisté sur cette simplicité : revenir à la respiration comme manière de revenir au moment présent.
Pas pour faire disparaître le problème. Pour être davantage présent pendant qu’on le rencontre.
Respirer ne règle pas le problème
Si votre projet est en retard, trois respirations ne vont pas modifier l’échéancier. Si une conversation doit avoir lieu, respirer ne la remplacera pas. Si une décision difficile vous attend, aucune technique respiratoire ne prendra la décision à votre place.
Et c’est précisément pour cela que la respiration nous intéresse.
Parce que son rôle n’est peut-être pas de résoudre. Son rôle peut être de nous rendre un peu plus disponibles pour résoudre.
Il existe une différence énorme entre répondre depuis la tension et répondre après avoir remarqué la tension.
Entre les deux, il n’y a parfois que quelques secondes. Mais ces quelques secondes peuvent suffire pour voir une autre possibilité.
Combien de décisions prennent naissance dans un état que nous n’avons même pas remarqué ?
Nous accordons beaucoup d’attention à la qualité de nos méthodes de décision : les données, les risques, les scénarios, les processus.
Mais beaucoup moins à l’état de la personne qui utilise tout cela.
Parfois, le problème devant nous n’a pas changé. C’est notre espace intérieur qui s’est rétréci.
Et quand l’espace se rétrécit, les options aussi semblent se réduire.
Et si la respiration devenait une ponctuation ?
Pas un rituel de vingt minutes. Pas une nouvelle habitude à réussir. Pas une application supplémentaire qui nous rappellera que nous avons encore oublié de prendre soin de nous.
Une ponctuation.
Avant d’envoyer ce courriel : une respiration. Avant de répondre à quelqu’un qui vient de nous irriter : une respiration. En sortant d’une réunion avant d’entrer dans la suivante : quelques respirations.
Non pas pour devenir une version plus zen de nous-mêmes. Simplement pour marquer une petite frontière entre ce qui vient de nous arriver et ce que nous allons choisir d’en faire.
Parce qu’une ponctuation ne change pas nécessairement les mots. Mais elle peut changer complètement leur sens.
Vous pouvez essayer maintenant
Pas besoin de fermer les yeux. Pas besoin de vous asseoir autrement. Pas besoin de réussir quoi que ce soit.
Juste remarquer une respiration. Puis la suivante. Et peut-être une troisième.
Le problème sera probablement toujours là. Votre journée aussi. Vos responsabilités n’auront pas disparu.
Mais vous ne serez peut-être plus exactement au même endroit face à elles.
On amzakal…
On revient un instant au corps. On laisse ce qui vient d’arriver finir d’arriver.
Et avant de chercher la prochaine réponse, on prend simplement une grande respiration.